Jouer sur smartphone, une plaie moderne

Il y a quelques semaines j’ai décidé d’acheter mon premier jeu sur smartphone. J’ai sélectionné Out There, un excellent rogue-like que j’ai découvert via son créateur, FibreTigre. J’ai passé pas mal de temps à jouer ces derniers jours, et je peux désormais en tirer quelques conclusions sur mon expérience de jeu sur mobile.

Jeu sur smartphone - 01 - carte de Out There

En plein centre, l’étoile autour de laquelle orbite mon vaisseau. Tout autour, des étoiles (blanches, jaunes, rouges…)

Dans Out There, je dois ramener mon vaisseau spatial, perdu dans l’espace, sur Terre. Je me déplace donc d’étoiles en étoiles afin de retrouver ma chère planète. Il s’agit d’une action très simple : j’appuie sur une étoile, je confirme mon action et mon vaisseau se déplace. Jusque là, rien de compliqué.

Jeu sur smartphone - 02 - inventaire de mon vaisseau

À gauche, les réserves de mon vaisseau. À droite, les opérations de maintenance.

Les problèmes commencent avec la gestion de l’inventaire. Mon vaisseau consomme du carburant et de l’oxygène, il faut donc que je puise régulièrement dans mes réserves afin de remettre de l’hydrogène dans le réservoir et de l’oxygène dans l’habitacle. Une action très simple ici aussi : j’appuie sur le carré ‘H’, je maintiens mon appui, je déplace le carré vers la zone de maintenance ‘H’ (en haut à droite) et je relâche.

Jeu sur smartphone - 03 - déplacement de ressources

Très simple, et pourtant… Au début, je ratais mon coup régulièrement, et après plusieurs heures de jeu il m’arrive encore fréquemment de me louper.
Première raison : l’écran de mon smartphone est petit (c’est un modèle 5″) et/ou mon doigt est gros. Il arrive donc régulièrement que je n’appuie pas exactement au bon endroit.
Seconde raison : lorsque j’appuie sur le carré ‘H’, mon doigt masque la zone, m’empêchant ainsi de savoir si le carré est effectivement sélectionné.

Certains déplacements d’éléments sont encore plus difficiles. Lors d’un transfert de ressources d’un vaisseau à un autre par exemple, les carrés sont tellement petits que leur déplacement est une véritable plaie (avec mon gros doigt et sur mon smartphone en tout cas.)

Jeu sur smartphone - 04 - transfert de ressources

Autre souci rencontré régulièrement : les appuis répétés sur un même bouton.

Jeu sur smartphone - 05 - division de ressources

Je dispose ici d’un stock de 19 ‘He’. si je veux le diviser en deux parties (17 et 2, par exemple), il faut que j’appuie plusieurs fois sur le (tout petit) bouton ‘+’ pour répartir mon stock. Problème : le smartphone réagit extrêmement mal, dit autrement je dois appuyer un tas de fois pour que le compteur s’incrémente. (Je suis bien incapable de dire si le problème est hardware ou software.)

Au passage : lorsque j’appuie sur le bouton, mon index masque la zone d’affichage. Je dois donc attendre de relever mon doigt pour savoir si mon action a réussi.

Je joue depuis tout petit. Je crois que la première “manette de jeu” que j’ai essayée était le contrôleur de la Colecovision (ou le “joy stick” de l’Apple II, je ne sais plus, de toute façon la conclusion est la même) : j’en ai un très mauvais souvenir, les boutons étaient très désagréables et répondaient vraiment mal. J’ai également passé beaucoup de temps avec des joysticks en main(s), et leur fonctionnement laissait souvent à désirer. Quelques années plus tard la NES est arrivée, et depuis les manettes de jeux ne m’avaient plus posé de problème.

Jeu sur smartphone - 06 - vieux joystick

L’écran tactile, tel que je l’ai expérimenté ici du moins, me fait l’effet d’une régression. La sensation d’“action effectuée” n’est pas franche, et ce flou m’a beaucoup perturbé.

Autre point qui m’a ennuyé, la position de jeu. Après plusieurs heures d’expérimentations, je n’ai toujours pas trouvé de position agréable pour jouer sur mon smartphone. La plupart du temps je pose l’appareil sur le bureau et je me penche dessus… ce qui se révèle très inconfortable à la longue. Il m’arrive aussi de jouer assis dans le canapé, mais à ce moment-là la prise en main de l’appareil est problématique (pour moi qui n’arrive pas à jouer avec les pouces). Bref pas moyen de s’installer confortablement pour jouer.

Point amusant : je n’ai pas de problème d’écran tactile ni de position de jeu (disons, moins) avec une Nintendo DS. L’appareil a été conçu pour jouer, ça se ressent immédiatement, l’expérience n’a rien à voir.

Une dernière chose pour conclure, sans doute le point qui m’ennuie le plus : il m’est impossible de prêter mon jeu à un ami ou de le revendre. Et alors ça vraiment, ça m’emmerde.

Liseuse électronique : une technologie au point, une expérience désespérante

On m’a prêté une liseuse Kobo Aura HD (un très bon modèle d’après lesnumeriques) pour quelques jours. Une durée trop courte pour rédiger un véritable test de l’appareil – et surtout de l’environnement, mais suffisamment longue pour donner quelques impressions.

Ce n’est pas la première fois que j’utilise une liseuse : j’ai eu l’occasion d’essayer un Kindle d’ancienne génération (non tactile) il y a quelques mois. Dans les deux cas, j’ai beaucoup apprécié la lecture sur ce type d’écran. Rien à voir avec une lecture sur écran d’ordinateur ou de tablette, même avec l’éclairage (très agréable) de la Kobo activé.

Sur le Kindle, je m’étais contenté de lire un livre. Sur la Kobo, j’ai configuré l’appareil et fait des recherches. Énorme déception : si la technologie assure, le reste oscille entre l’approximation et le zéro pointé.

• Exemple de zéro pointé : l’écran de création de compte. J’ai l’impression qu’il manque quelque chose, mais quoi ?

Liseuse Kobo Aura HD - création de compte

Ah oui, le… bouton de validation. Non mais sincèrement, qui a pu concevoir une page pareille ?! Pour valider la page, il faut sélectionner un champ texte et appuyer sur le bouton « chercher » (chercher ?!) en bas à droite !

Liseuse Kobo Aura HD - création de compte (2)

C’est tellement invraisemblable que j’ai fait un hard reset pour m’assurer que ce n’était pas un bug (ce n’en est pas un).

• Exemple d’approximation : la visite guidée. La page 3 est à moitié en anglais, et le titre de la page 8 est incomplet. Du beau travail.

Liseuse Kobo Aura HD - visite guidée

Voilà pour les premières minutes avec l’appareil. Je passe ensuite à la recherche. Je souhaite tester l’offre disponible sur le store, je me mets donc à côté de ma bibliothèque (la vraie) et je cherche sur le Kobo les premiers livres de poche qui se trouvent sur l’étagère.

Test n°1 : Nicolas Vanier. Le premier résultat du moteur est satisfaisant, le reste est soit à côté de la plaque (Croc Blanc de Jack London, par exemple) soit totalement incongru (Marc Levy, Guillaume Musso ?) Un seul livre alors que l’auteur en a écrit plus d’une vingtaine, c’est pauvre.

Liseuse Kobo Aura HD - recherche "Nicolas Vanier"

Deuxième recherche, Mike Horn : rien. James Ellroy : rien. Craig Johnson : rien. (Avec un Kobo comme seul média de lecture, ma bibliothèque aurait été beaucoup plus réduite.)

Note intéressante : au lieu de m’indiquer « la recherche ne donne pas de résultat, voici ce que j’ai trouvé qui ressemble vaguement », le moteur me balance systématiquement 34 pages de n’importe quoi. Quand on utilise Google au quotidien, on a du mal à revenir sur un moteur de recherche aussi médiocre.

Liseuse Kobo Aura HD - recherche "Mike Horn" et "James Ellroy"

Recherche suivante, par titre : Moonlight mile (roman de Dennis Lehane). Premier résultat : 15,99€. Deuxième résultat : 8,99€. Pour le même livre ?! (La description ne me permettra pas de savoir pourquoi le premier est presque deux fois plus cher.)

Liseuse Kobo Aura HD - recherche "Moonlight mile"

Recherche suivante, par auteur : Joe R. Lansdale. Trois livres disponibles en français (note : il y en a un de plus depuis que j’ai fait la photo), puis des tas de résultats en italien, en allemand, en anglais… Passionnant.

Liseuse Kobo Aura HD - recherche "Joe R. Lansdale"

Encore une petite ? « Harlan Coben », par exemple. Plusieurs livres sont disponibles… à des prix délirants. À découvert ? 13,99€ sur le store, 6,84€ sur Amazon. Disparu à jamais, Promets-moi, Sans un mot ? 13,99€ vs. 7,70€. En gros tous ses livres sont deux fois plus chers sur le store, à l’exception de la nouveauté Ne t’éloigne pas, moins chère de… 3€. Il va falloir acheter beaucoup de nouveautés pour rentabiliser l’appareil – sans parler des coûts connexes.

Liseuse Kobo Aura HD - recherche "Harlan Coben"

Allez, je laisse tomber la recherche, non sans noter cette autre bizarrerie (ce bug ?) : en passant par le module « Ajouter un livre à votre bibliothèque » en page d’accueil pour faire une recherche, les prix ne sont tout simplement pas affichés à côté des résultats. Pratique !

Liseuse Kobo Aura HD - recherche "Jesse Kellerman"

Des ratés dans l’ergonomie, une offre très pauvre, des prix peu attractifs voire rédhibitoires, est-il vraiment nécessaire de poursuivre ? Et encore, comme je le disais, je n’ai utilisé l’appareil que quelques heures ! Et je n’ai pas parlé de DRM, de l’écran tactile régulièrement capricieux (deux personnes et douze tentatives pour appuyer sur le bouton « fermer » il y a quelques minutes – heureusement c’est assez rare)…

Je dois encore mentionner une chose, même s’il ne s’agit pas d’un problème de l’appareil. Lorsque je navigue sur internet pour acheter un livre, j’ai accès en quelques clics de souris à : la bio de l’auteur, ses autres livres (et combien ils coûtent), les avis des gens qui ont acheté le livre, les forums, etc. Sur une liseuse, il n’y a rien (*). En terme d’expérience c’est catastrophique, et pour un utilisateur avancé d’internet il est particulièrement difficile de se passer de tous ces à-côtés pour faire son choix.

Je résume. Si :
• l’utilisateur sait quel livre l’intéresse ;
• le livre est disponible sur le store ;
• l’utilisateur se fiche du prix ;
Dans ce cas la liseuse est intéressante. Pour faire simple : en tant que liseuse, elle fait le job. Le reste est parfaitement indigne d’un appareil sorti en 2013. Mais les éditeurs (concernant l’offre et les prix) préfèrent sans doute suivre le modèle de l’industrie du disque. Continuez comme ça, c’est une réussite. Personnellement je reviendrai peut-être dans 4 ou 5 ans pour voir si les choses ont évolué. En attendant, je retourne lire Harry Potter… en livre de poche. La version numérique existe, mais elle ne peut être commandée que sur le site officiel d’Harry Potter. Une boutique par livre, quelle bonne idée pour développer le marché !

 

(*) À ceux qui pensent « il y a un navigateur caché dans les suppléments, pourquoi ne pas l’utiliser ? » je dis : ne faites jamais ça. Vous vous souvenez d’Internet en 1995, sur votre Pentium asthmatique connecté à un modem 28800 bauds ? Imaginez pire, bien pire. En bonus, voici la description du navigateur internet telle qu’elle est donnée par le Kobo lui-même : « Prenez la bretelle qui vous mènera à l’autoroute des informations ! » Non mais sérieusement ?!

Braun BNC010 ou le secret d’un bon achat

Mon radio-réveil actuel souffre de quelques problèmes particulièrement gênants (entre autre, certains boutons ne fonctionnent plus). Je lui ai donc cherché un remplaçant ces derniers jours. J’ai finalement choisi le radio-réveil Braun BNC010. Voici un court test de cet appareil.

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Dès la mise en marche, quelque chose me surprend : l’écran est illisible. À la lumière du jour on distingue un peu les caractères (voir ci-dessous), mais dans le noir c’est impossible. Le seul moyen de lire l’heure en pleine nuit est donc d’appuyer sur le bouton Light (j’y reviendrai).

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Le réveil est radio-piloté. Je suis le mode d’emploi, j’enclenche la fonction et j’attends 4 secondes : le témoin s’allume mais l’heure reste bloquée sur 00:00. J’attends une minute supplémentaire : toujours rien. Apparemment, le radio-pilotage ne fonctionne pas. Je règle l’heure manuellement et je passe à la suite.

J’allume la radio, je trouve une station et je la mémorise. Je règle ensuite le réveil à <heure actuelle + 1 minute> et je l’enclenche, afin de tester son fonctionnement. Une minute plus tard, la radio s’allume, c’est parfait. J’appuie sur le bouton Snooze : il ne se passe rien, la radio ne s’éteint pas. Étrange.

À l’arrière de l’appareil, un interrupteur permet de sélectionner le type d’alarme. Le choix est amusant : pour une sonnerie de type « beep beep » il faut positionner l’interrupteur sur « beep », et pour une sonnerie de type « radio », il faut positionner l’interrupteur sur… « auto ». Pourquoi faire simple ? Je positionne l’interrupteur sur « beep » et je teste à nouveau la fonction Snooze : aucun problème, la sonnerie s’arrête et reprend plus tard. Le Snooze ne fonctionne donc qu’en mode « beep », pas en mode « auto ».

J’en profite pour parler du bouton Snooze, que je pourrais qualifier de bouton « tout-en-un » : il regroupe les fonctions Snooze, Alarm on/off et Light. La conséquence de cette étrange association de fonctions est fâcheuse : si je me réveille en pleine nuit et que je veux voir l’heure, il faut que je fasse attention à bien appuyer sur Light (à droite du bouton) et pas sur Alarm off (à gauche) pour éviter de désactiver le réveil. Oh, et il faut aussi que j’évite d’appuyer sur Alarm off lorsque je veux activer le Snooze…

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J’ajoute que :
• le réveil peut fonctionner sur secteur mais que le transformateur n’est pas livré (les piles le sont, tout de même) ;
• le réveil est particulièrement léger, il faut donc faire attention à ne pas faire de faux mouvement en éteignant l’alarme le matin, par exemple ;
• le fil de l’antenne (comme beaucoup de fils d’antenne) traine derrière l’appareil, ce qui n’est pas très élégant ;
• régler l’heure du réveil dans le noir oblige à appuyer toutes les 5 secondes sur le bouton Light pour voir l’écran.

Dieter Rams a longtemps occupé le poste de « chef de la conception » chez Braun. Il est considéré comme l’un des très grands designers du siècle dernier ; on dit qu’il a eu beaucoup d’influence sur les travaux de Jonathan Ive, responsable du design chez Apple. Lorsque je teste ce réveil, je me demande ce qu’il en aurait pensé. Un Red dot award, un IF Award, vraiment ? Ces gens ont-ils réellement essayé cet appareil ?

Ce réveil est totalement mal conçu. Objectivement, le bouton « tout-en-un » est une connerie, l’absence de Snooze en mode radio une absurdité, quant au reste chacun se fera son opinion mais dans l’ensemble ce n’est pas une réussite.

Oui mais voilà : ça ne me dérange pas. Je n’utilise pas le Snooze, je ne désactive pas mon réveil (allez, le week-end de temps en temps), je me fiche du radio-pilotage, je n’ai pas besoin de connaître l’heure au milieu de la nuit bref tous ces inconvénients ne me posent pas de problème. Mieux : je l’ai choisi justement parce qu’il n’émet pas de lumière, ce que beaucoup lui reprochent (à juste titre, la photo du produit est carrément mensongère.)

Je cherchais un radio-réveil qui n’émette pas de lumière et qui me réveille avec de la musique. Oh, et surtout : dont le look me plaise. Ce modèle correspond tout à fait à mes besoins, et à ce titre c’est un achat dont je suis très satisfait (surtout que je l’ai trouvé en soldes).

Il y a deux choses (au moins) à prendre en compte pour réussir un achat :
• étudier précisément son besoin ;
• étudier précisément l’offre disponible.
L’étude du besoin peut être longue, elle peut découler d’un achat raté, mais elle est indispensable à la réussite de l’« entreprise ». L’étude de l’offre disponible peut être longue également, mais grâce à quelques sites internet (lesnumeriques…), au travail de quelques associations (quechoisir…) et aux retours des utilisateurs (forums, avis des clients, amis…) on arrive assez facilement à trouver l’objet que l’on recherche.

J’ai mis du temps à choisir un nouvel ordinateur, à sélectionner une nouvelle voiture ; au final je suis extrêmement satisfait de mes achats. La mission était d’autant plus importante que ce sont des objets que j’utilise quotidiennement (et intensivement). Mais cette « règle » n’est pas valable que pour des objets très complexes : je suis également très content de ma poêle et de mon barbecue !

Malheureusement, ce type d’investigation n’est pas toujours possible…