Les offres d’emploi cachées de Decathlon

Pour la deuxième fois en quelques mois je me rends sur le site de recrutement de Decathlon, et pour la deuxième fois en quelques mois je ne trouve pas les offres d’emploi. Voici la page d’accueil du site :

Page d'accueil du site de recrutement de Decathlon (taille moyenne)

Je fais court : les offres sont cachées derrière le petit picto en forme d’avion en papier, en haut à droite de l’écran. En d’autres termes, l’un des éléments essentiels du site de recrutement de Decathlon est caché derrière un tout petit picto incompréhensible et non légendé.

Je m’en amuse sur Twitter. Le community manager (je suppose) de Decathlon recrutement me répond rapidement (c’est rare, c’est sympa) : “normalement c’est écrit”. Alors en effet, sur le grand écran de cette personne, une légende accompagne le picto incompréhensible.

Page d'accueil du site de recrutement de Decathlon (grande taille)

Problème : sur tous les terminaux qui ne disposent pas d’un grand écran, les mobiles les tablettes et les écrans de portables par exemple, il n’y a pas de légende.

Page d'accueil du site de recrutement de Decathlon (tailles multiples avec libellé)

Je l’indique à mon interlocuteur.

À ce moment-là je peux tout entendre ; je crois être ouvert à n’importe quelle réponse. “Je vais en parler aux concepteurs” (l’URSAAF l’a fait, alors pourquoi pas ?), “On l’a déjà remonté mais c’est plus compliqué que ça en a l’air” (je comprends), “On a plus le budget” (je doute que mon interlocuteur soit au fait de ce genre de choses, mais après tout ?) Voire même une absence de réponse, après tout le community manager a probablement mieux à faire que de répondre à un designer ronchon qui s’intéresse aux offres de son entreprise.

Je ne m’attendais sincèrement pas à sa réponse : “Merci pour ton feedback Charles :). Sur tablette et mobile, c’est un choix d’optimisation car il n’y a pas assez de place.”

Pas assez de place ? Pas d’accord, il y a toute la place qu’il faut :

Page d'accueil du site de recrutement de Decathlon (tailles multiples)

Je vais aller plus loin parce que cette page d’accueil me chiffonne. Comme je le disais plus haut il s’agit d’un site dédié au recrutement. Pourquoi les offres d’emploi sont-elles si difficiles à trouver ? Et si on oubliait le picto incompréhensible associé à Instagram et Twitter et qu’on partait sur un bon vieux menu, un truc simple qui marche plutôt bien ?

Page d'accueil du site de recrutement de Decathlon avec menu mis à jour

(J’ai bricolé ça en deux minutes mais je pense qu’on saisit l’idée.)

J’ignore tout de ce site. Je ne sais pas comment il a été briefé, je ne sais pas comment il a été conçu, je ne connais pas son budget etc. Mais il y a une chose que je peux affirmer avec une bonne dose de certitude : de nombreuses personnes vont se rendre sur ce site pour chercher les offres d’emploi. Et si on allait encore plus loin dans cette voie ?

Page d'accueil du site de recrutement de Decathlon avec contenu mis à jour

(Ici aussi c’est un rough bricolé vite fait.)

Plutôt que de mettre l’accent sur les métiers de l’enseigne (qui sont de toute façon accessible dans le menu Nos métiers), j’ai mis l’accent sur le cœur du recrutement : les offres d’emploi. Comme on peut le trouver chez Leroy Merlin, Danone ou Engie – exemples choisis complètement au hasard de mes quelques minutes de pige.

Ce bricolage n’a pas d’autre but que d’ouvrir la discussion. Les concepteurs du site souhaitent manifestement mettre l’accent sur les métiers du groupe, mais est-ce également le point de vue du visiteur ?

Après bien sûr, on peut toujours trouver un moyen de rendre les offres d’emploi encore plus difficiles à trouver, comme chez McDonald’s par exemple…

Kids Creative Camera, l’appareil photo du diable

Ma fille a reçu un appareil photo numérique pour son anniversaire. Son grand-père a choisi un modèle pour enfant sur le site Cdiscount (mais on peut également le trouver chez Amazon ou Priceminister) et l’a fait livrer directement chez nous.

Le voici :

Appareil photo numérique Kid's cam

Je fais simple : il n’y a RIEN qui va avec cet engin. Si Satan cherchait à concevoir un appareil photo numérique, il ne pourrait probablement pas faire mieux (pire) que ça.

Quelques remarques au sujet de l’objet lui-même dans un premier temps. Cet appareil photo, destiné aux enfants, est livré sans carte mémoire et ne dispose d’aucun système de stockage interne. Autrement dit : si l’acheteur oublie d’ajouter une carte mémoire à sa commande (ce que l’on conçoit sans peine de la part de l’acheteur d’un engin de ce genre), l’enfant ne pourra tout simplement pas utiliser l’appareil lorsqu’il le recevra. On imagine facilement la déception du gamin.

Dans mon cas heureusement (?) pas de problème, je trouve une vieille carte SD au fond d’un tiroir… et je découvre le deuxième point de l’enfer : pour mettre en place la carte mémoire et les piles, il faut enlever deux vis minuscules sous l’appareil.

Trappe de l'appareil

À chaque fois que j’aurai à changer les piles de l’appareil, je devrai utiliser un tournevis ! Une opération pénible d’ailleurs : les vis sont minuscules, le tournevis (fourni !) également… sans parler du cache particulièrement difficile à mettre en place. Point amusant : les vis sont si petites – et donc si facile à perdre – que l’appareil est fourni avec deux vis supplémentaires !

Visserie fournie avec l'appareil

Bref. J’insère les piles et la carte mémoire, je démarre l’appareil… et j’entre dans un nouveau monde de douleur et de confusion.

Il faudrait des heures pour expliquer tout ce qui ne va pas dans le logiciel interne de cet appareil – le problème principal étant justement qu’il ne s’agit pas d’un logiciel conçu spécifiquement pour cet engin mais du logiciel d’un autre appareil photo qu’on lui a collé. Je vais donc lister en vrac les points les plus diaboliques de l’interface.

• L’appareil ne dispose que de cinq boutons : le déclencheur, le bouton d’allumage Power, la croix et les flèches gauche et droite. Ce choix rend l’utilisation de l’appareil extrêmement complexe : pour afficher la photo que l’on vient de prendre par exemple, pas de bouton Play comme partout ailleurs, il faut appuyer sur le bouton Power (pas trop longtemps sinon l’appareil s’éteint, évidemment.) Conséquence logique de ce manque de boutons, la navigation dans le menu (accessible après trois pressions sur le bouton Power) est un CAUCHEMAR.

Menu de l'appareil

– Pour naviguer entre les trois onglets en haut (photo / vidéo / outils), dont les icônes sont positionnées horizontalement, pas question d’utiliser les flèches gauche et droite : il faut utiliser le déclencheur.

– Pour naviguer de haut en bas dans le menu affiché, il faut utiliser les flèches gauche et droite.

– Pour valider un choix ou entrer dans un sous-menu, il ne faut pas utiliser la flèche droite (alors qu’une flèche droite est affichée à l’écran !), il faut utiliser le déclencheur.

– Pour annuler un choix ou revenir en arrière, pas question d’utiliser la croix comme dans tous les menus du monde : elle ne fonctionne pas (elle émet juste un bruit bizarre).

– En bas de l’écran on peut lire les mentions OK : Enter et M : Back. Problème : il n’y a ni bouton OK ni bouton M sur l’appareil.

(J’arrête là, tout lister serait trop long.)

• L’appareil n’a pas de mémoire interne. Autrement dit, tous les paramètres (résolution des photos et des vidéos en particulier) seront perdus à chaque changement de pile. Edit : ce n’est pas aussi simple, apparemment les paramètres sont bien sauvegardés mais s’envolent de temps en temps.

• Par défaut, l’appareil émet des bruits insupportables. Ma préférence va aux sons de pistolet laser émis par les flèches gauche et droite, mais la fanfare futuriste du démarrage vaut aussi le détour. Il est bien entendu possible de les désactiver en passant par le menu : comptez trois ou quatre bonnes minutes pour y arriver. À refaire à chaque changement de piles, évidemment.

Mais ce n’est pas tout… En vrac, l’écran est tellement petit que plusieurs informations ne sont tout simplement pas lisibles (la police de l’horodatage des photos – option activée par défaut – doit être en taille 2 ou 3), le viseur optique cadre n’importe comment (c’est à pleurer de rire, heureusement que personne ne l’utilisera), le mode d’emploi (trois photocopies mal agrafées) est écrit dans un français si mauvais que l’on se demande si une traduction via Google n’aurait pas fait mieux, le mode vidéo ne fonctionne pas correctement (je ne sais pas pourquoi, mais quand je fais dix secondes de vidéo seule les deux ou trois premières sont enregistrées. Peut-être une histoire de mémoire tampon ?)… Quant à la qualité des photos, ma foi… À partir du moment où l’appareil est quasiment inutilisable, est-il vraiment nécessaire d’en parler ? Oh, j’oubliais, trois fois rien : en redémarrant l’appareil à l’instant j’ai perdu l’intégralité des photos que j’avais prises pour le test. Voilà.

Notice de l'appareil

Cet objet représente tout ce que le monde actuel fait de pire. Il n’est pas seulement inutile, c’est un énorme gâchis de matière et d’énergie. Pour tout dire je ne sais même pas quoi en faire : le donner ? Mais je ne souhaite à personne d’utiliser un truc pareil ! Le jeter ? Il est neuf ! (Je ne peux malheureusement pas le faire reprendre par le site marchand.) Alors si quelqu’un a une idée…

Foutez la paix à mon viewport !

Edit du 24 octobre : à tous ceux qui aiment les menus cachés (voir la fin de cette note), je suggère de jeter un œil au site journal-facebook.fr. Après avoir fermé l’insupportable modale « Votez pour ce blog », vous pourrez admirer non pas un, mais deux menus masqués… qui en plus sont cachés derrière deux pictos identiques !

Site internet de journal-facebook : deux menus cachés derrière deux pictos identiques

Note du 30 septembre 2013

Je passe beaucoup de temps sur internet. Ces derniers temps, je tombe de plus en plus souvent sur des sites qui utilisent des menus persistants (ie qui restent affichés en permanence à l’écran.) Sur les sites en une page ils ont beaucoup de sens : remonter « manuellement » en haut de la page pour naviguer n’est pas très logique. Sur des sites plus traditionnels en revanche, ils m’ennuient particulièrement.

À peu près tous les utilisateurs aujourd’hui ont un moyen simple de faire défiler les pages : roulette, touchpad, doigt… Et je ne pense pas me tromper de beaucoup en ajoutant que tous les utilisateurs aujourd’hui savent s’en servir. Alors quel intérêt ?

01 - Le menu persistant de sceneario

Sur l’exemple ci-dessus, le menu supérieur occupe 15% de la surface de l’écran (en 1024 x 768). En tant qu’utilisateur, je préfère que ces 15% reviennent au contenu du site plutôt qu’à un élément que je peux retrouver facilement (le menu de navigation en haut de page n’est pas un élément particulièrement rare sur internet) et d’un seul coup de molette.

02 - Le menu persistant de 01net

Plus amusant : sur le site de 01net, le menu persistant est situé en bas… et donne parfois l’impression que le site se termine. Chers décideurs, ça, ce sont des clics en moins sur les bannières de pub qui se trouvent en dessous !

03 - Le double menu persistant de lesnumeriques

Double dose sur cette page d’actu du site lesnumeriques : deux menus persistants viennent encadrer le contenu du site. La bande inférieure me rappelle les chaines d’information en continu : si l’actualité principale ne m’intéresse pas, le message déroulant en bas pourra peut-être m’attirer. Sauf que sur internet ça n’a pas tellement de sens : si l’actualité principale ne m’intéresse pas je vais voir ailleurs, je n’ai pas besoin d’attendre passivement la suite des informations.

04 - Le double menu persistant de dailygeekshow

Double dose sur ce site, avec deux menus qui se superposent en haut. Le second est dédié au partage de l’article (et bugge avec Safari, cf. texte « 298 partages ») : et si vous me laissiez lire l’article, avant de me proposer de le partager ?

05 - le menu persistant semi opaque de Cocones

Autre brillante idée chez Cocones : le menu persistant semi-opaque. Le menu est moins lisible, le contenu est moins lisible. Bien joué.

06 - le menu persistant sans background de Hardgraft

Chez Hardgraft, on a estimé qu’un menu persistant occupant 40% de l’espace était une mauvaise idée, alors on a choisi de l’afficher en permanence sans aucun background. Record du monde de lisibilité. (via @hteumeuleu)

Mon poste de travail dispose d’un grand écran. Ces menus persistants ne me posent donc pas trop de problème – ils m’énervent, c’est déjà beaucoup. Mais quid des netbook (ce n’est pas parce qu’il ne s’en vend plus beaucoup qu’il n’y en a plus), des tablettes en 1024 x 768, des mobiles (hors site adapté), des autres terminaux qui sont chaque jour plus nombreux ?

Chers décideurs, voici mon message : je viens voir le contenu de votre site. Pas le menu, le contenu. Et si vous me laissiez le consulter tranquillement ?

Bonus

Les menus persistants diminuent l’espace dédié au contenu, et c’est souvent une mauvaise idée. Cela ne veut pas dire qu’il faut supprimer totalement le menu de navigation !

07 - le menu caché de bienvillecapital

08 - le menu caché de modafamilia

Dans les deux cas ci-dessus je suis contraint d’ouvrir le menu à chaque fois que je change de page ! Très pratique, vraiment. Oh, et le menu principal n’est pas qu’un élément de navigation, il aide également le visiteur à comprendre de quoi traite le site. Dans ces deux cas, bon courage.

Je suppose que toutes ces histoires de menus persistants ou cachés sont des modes. J’espère qu’on passera rapidement à autre chose.