Bouygues Telecom, le test d’éligibilité fantôme

Un proche se rend sur le site de Bouygues afin de tester son éligibilité à la fibre.

Bouygues Telecom - test d'éligibilité

Après avoir saisi un numéro de téléphone, le message suivant apparaît :

Bouygues Telecom - résultat du test d'éligibilité

Les clients Bouygues Telecom doivent apparemment faire le test depuis leur espace client. (Pourquoi ne pas l’avoir précisé plus tôt, mystère.) Mon ami perd un long moment à retrouver ses codes d’accès (c’est aussi ça, l’UX de la vraie vie), ça l’énerve, mais il finit par réussir à se connecter. Voici la page sur laquelle il est redirigé :

Bouygues Telecom - espace client

Il a apparemment été renvoyé sur la page d’accueil de son espace client. Problème : où se trouve le lien vers le test d’éligibilité ? Pourquoi n’est-il pas redirigé automatiquement vers cette page ? Mystère.

Voici l’intégralité des menus du site :

Bouygues Telecom - ensemble des menus de navigation

Il a cherché longtemps, nous avons cherché longtemps, nous n’avons pas trouvé.

Je ne me décourage pas : je me connecte sur une autre machine, je lance un autre navigateur, je me rends sur le site de Bouygues, j’accède à son espace client, et cette fois le miracle se produit :

Bouygues Telecom - menu principal en haute résolution

C’était pourtant simple : le test d’éligibilité n’est pas accessible sur les appareils qui ont une résolution inférieure à 1168px de large. Évident, non ?

Autrement dit : sur un écran basse résolution (un iPad par exemple) le burger menu qui s’affiche ne présente pas de lien « test d’éligibilité », alors que sur un écran haute résolution (une machine de type desktop) le lien est bien présent au sein du menu de la page.

Nous nous rendons ensuite sur la page du test pour en finir.

Bouygues Telecom - boucle infinie

Nous voilà revenus 15 minutes en arrière. Que dire ? Nous sommes coincés dans une boucle. En d’autres termes et pour faire court, il est tout simplement impossible de savoir si le logement de mon ami est éligible à la fibre. Bravo et merci, Bouygues Telecom !

Épilogue

Le lendemain, mon ami reçoit cet e-mail :

Bouygues Telecom - e-mail de prospection

On peut y lire le message suivant : Félicitation, vous êtes éligible à la Fibre !
Problème : pour en savoir plus, le bouton nous invite à retourner… dans notre espace client. Retour dans la boucle !

(Mon ami n’a pas remarqué qu’il s’agit d’un e-mail commercial envoyé par un partenaire marketing, autrement dit que son contenu n’a aucune valeur.)

Fatigué, il finira comme tous les gens qui peinent devant des sites internet mal conçus par contacter le service client par téléphone. Et par obtenir sa réponse. Mais aura-t-il encore envie de souscrire à un abonnement chez Bouygues Telecom après tout ce cirque ?

Foutez la paix à mon viewport !

Edit du 24 octobre : à tous ceux qui aiment les menus cachés (voir la fin de cette note), je suggère de jeter un œil au site journal-facebook.fr. Après avoir fermé l’insupportable modale « Votez pour ce blog », vous pourrez admirer non pas un, mais deux menus masqués… qui en plus sont cachés derrière deux pictos identiques !

Site internet de journal-facebook : deux menus cachés derrière deux pictos identiques

Note du 30 septembre 2013

Je passe beaucoup de temps sur internet. Ces derniers temps, je tombe de plus en plus souvent sur des sites qui utilisent des menus persistants (ie qui restent affichés en permanence à l’écran.) Sur les sites en une page ils ont beaucoup de sens : remonter « manuellement » en haut de la page pour naviguer n’est pas très logique. Sur des sites plus traditionnels en revanche, ils m’ennuient particulièrement.

À peu près tous les utilisateurs aujourd’hui ont un moyen simple de faire défiler les pages : roulette, touchpad, doigt… Et je ne pense pas me tromper de beaucoup en ajoutant que tous les utilisateurs aujourd’hui savent s’en servir. Alors quel intérêt ?

01 - Le menu persistant de sceneario

Sur l’exemple ci-dessus, le menu supérieur occupe 15% de la surface de l’écran (en 1024 x 768). En tant qu’utilisateur, je préfère que ces 15% reviennent au contenu du site plutôt qu’à un élément que je peux retrouver facilement (le menu de navigation en haut de page n’est pas un élément particulièrement rare sur internet) et d’un seul coup de molette.

02 - Le menu persistant de 01net

Plus amusant : sur le site de 01net, le menu persistant est situé en bas… et donne parfois l’impression que le site se termine. Chers décideurs, ça, ce sont des clics en moins sur les bannières de pub qui se trouvent en dessous !

03 - Le double menu persistant de lesnumeriques

Double dose sur cette page d’actu du site lesnumeriques : deux menus persistants viennent encadrer le contenu du site. La bande inférieure me rappelle les chaines d’information en continu : si l’actualité principale ne m’intéresse pas, le message déroulant en bas pourra peut-être m’attirer. Sauf que sur internet ça n’a pas tellement de sens : si l’actualité principale ne m’intéresse pas je vais voir ailleurs, je n’ai pas besoin d’attendre passivement la suite des informations.

04 - Le double menu persistant de dailygeekshow

Double dose sur ce site, avec deux menus qui se superposent en haut. Le second est dédié au partage de l’article (et bugge avec Safari, cf. texte « 298 partages ») : et si vous me laissiez lire l’article, avant de me proposer de le partager ?

05 - le menu persistant semi opaque de Cocones

Autre brillante idée chez Cocones : le menu persistant semi-opaque. Le menu est moins lisible, le contenu est moins lisible. Bien joué.

06 - le menu persistant sans background de Hardgraft

Chez Hardgraft, on a estimé qu’un menu persistant occupant 40% de l’espace était une mauvaise idée, alors on a choisi de l’afficher en permanence sans aucun background. Record du monde de lisibilité. (via @hteumeuleu)

Mon poste de travail dispose d’un grand écran. Ces menus persistants ne me posent donc pas trop de problème – ils m’énervent, c’est déjà beaucoup. Mais quid des netbook (ce n’est pas parce qu’il ne s’en vend plus beaucoup qu’il n’y en a plus), des tablettes en 1024 x 768, des mobiles (hors site adapté), des autres terminaux qui sont chaque jour plus nombreux ?

Chers décideurs, voici mon message : je viens voir le contenu de votre site. Pas le menu, le contenu. Et si vous me laissiez le consulter tranquillement ?

Bonus

Les menus persistants diminuent l’espace dédié au contenu, et c’est souvent une mauvaise idée. Cela ne veut pas dire qu’il faut supprimer totalement le menu de navigation !

07 - le menu caché de bienvillecapital

08 - le menu caché de modafamilia

Dans les deux cas ci-dessus je suis contraint d’ouvrir le menu à chaque fois que je change de page ! Très pratique, vraiment. Oh, et le menu principal n’est pas qu’un élément de navigation, il aide également le visiteur à comprendre de quoi traite le site. Dans ces deux cas, bon courage.

Je suppose que toutes ces histoires de menus persistants ou cachés sont des modes. J’espère qu’on passera rapidement à autre chose.

Améliorer les sites internet : la frustration

À la recherche d’informations sur Wexperience, une société roubaisienne d’optimisation de l’ergonomie des sites e-commerce à la performance (page qui sommes-nous), je me suis rendu sur leur compte Twitter. J’y ai découvert ce message : « Nouveau site pour @Lexel_FR : http://www.lexelcosmetiques.com/ #wexperienceinside ». J’ai donc été jeter un œil au site pour me faire une idée du travail effectué (malheureusement sans avoir le détail des modifications / améliorations apportées), et j’ai quitté le site quelques minutes plus tard plutôt… frustré. Si optimiser les sites internet est une belle mission, ne pas être en mesure de le faire « à fond » laisse un goût amer aux responsables du projet. Je m’explique.

Voici la page d’accueil du site.

Lexel cosmétiques - page d'accueil

La première chose que je remarque ici c’est son carrousel, qui cumule plusieurs défauts réellement problématiques (pas forcément visibles sur l’image ci-dessus) :
• un défilement automatique impossible à stopper (un élément qui bouge en permanence devient très vite une gêne pour l’utilisateur) ;
• un défilement automatique beaucoup trop rapide (et tant pis si le client n’a pas le temps de lire le texte de chaque bloc) ;
• un défilement manuel de droite à gauche ou de gauche à droite, sans que l’on comprenne pourquoi le sens change (je crois qu’il ne faut pas mélanger le défilement via les flèches et le défilement via les carrés).

J’ajoute qu’un texte est parfaitement illisible (voir la ligne de texte en gris sur l’image ci-dessus), que les boutons aux intitulés mal choisis (« découvrez », « je découvre », bref rien qui puisse renseigner le visiteur sur ce qu’il va trouver derrière) manquent une fois sur deux de visibilité que les éléments de défilement mériteraient un ajustement de contraste (des flèches gris clair parfois sur fond chargé et des carrés blancs parfois sur fond blanc).

Au niveau du header, plusieurs points me chagrinent également. Placer le numéro de téléphone en haut de la page peut être une bonne idée, mais pourquoi en faire une image ? En terme d’accessibilité c’est une très mauvaise idée. Par ailleurs, plusieurs éléments de ce header manquent de contraste : le moteur de recherche en blanc sur fond très clair en particulier, ainsi que plusieurs textes (« dès 60€ d’achat ») et liens (« newsletter »), qui partagent malheureusement les mêmes codes graphiques (même police, même couleur). Mais ce qui me dérange le plus, c’est l’absence de mise en valeur du menu de navigation (et l’utilisation de majuscules qui ralentit la lecture.) Ne serait-il pas plus agréable pour l’utilisateur de bien cerner l’élément de navigation principal ? Exemple de menu revu, rapidement :

Lexel cosmétiques - header & header revu

J’insiste sur le contraste des éléments du site pour une raison simple : je suppose que ce site est destiné (entre autres) à un public plutôt âgé, qui par conséquent n’a pas forcément une très bonne vue.

Je ne m’attarde pas plus longtemps, je clique sur le premier lien du premier menu et je suis redirigé sur une page liste.

Lexel cosmétiques - pageliste par défaut

(J’ai coupé le haut de la page pour afficher davantage de produits.)

Les photos des produits sont de bonne qualité, et leur homogénéité participe au look épuré de la page. Malheureusement, ici aussi plusieurs points m’ennuient.
• La grille de lecture peu marquée peut créer une certaine confusion. Il y a beaucoup trop de blanc entre les photos et les descriptions, ce qui les rend difficile à associer.
• Les démarques elles aussi mériteraient d’être plus proches des produits (ou de leurs descriptions).
• Les prix barrés sont minuscules et trop peu contrastés : à quoi bon les afficher dans ces conditions ?
• Afficher les premiers mots de la fiche produit est une idée intéressante uniquement si ces premiers mots sont bien choisis. « Programme complet de 6 produits pour prévenir les… » ne me donne aucune information de plus que l’ensemble image + nom du produit « programme complet âge prévention ». Par ailleurs, ces premiers mots ne sont pas cliquables.
• Il n’y a quasiment aucun rollover (à part sur le bouton « ajouter au panier »).

Rien de dramatique donc, mais beaucoup de points qui permettraient d’améliorer l’expérience de utilisateur.

Certains choix m’interpellent également.

Lexel cosmétiques - pageliste traditionnelle

(Retour en haut de la page.)

L’importance donnée au bouton « ajouter au panier » suggère qu’une majorité de clients va ajouter le produit sans passer par sa fiche produit. Pour certaines catégories de produits ça ne me surprendrait pas, mais dans l’industrie du cosmétique j’ai l’impression que la description du produit participe au « rêve » et est particulièrement importante.

Autre chose : le choix de la disposition des produits, en haut à droite de la page.

L’affichage par défaut (celui des 2 screenshots ci-dessus) est le plus traditionnel : plusieurs rangées successives de trois produits.

Le deuxième bouton permet de ranger les produits sur une grille avec deux tailles d’images (ça me rappelle une note sur le blog de Wexperience, d’ailleurs). Là je suis plus perplexe.

Lexel cosmétiques - pageliste multi-tailles

Je ne sais pas ce que cette disposition peut apporter au client. Elle permet éventuellement au marchand de mettre en valeur les produits sur lesquels il fait le plus de marge, mais côté client je ne vois pas réellement l’intérêt.

Au survol d’un produit, la photo disparaît et laisse place à plus d’informations… mais certaines sont omises, à l’image de la démarque, qui n’est cette fois plus visible du tout alors qu’elle était très présente dans le mode d’affichage par défaut. J’ajoute que le nombre de produits à l’écran est en baisse (il passe de douze à neuf).

Mais une chose me semble extrêmement gênante : dans ce mode d’affichage, comment passe-t-on en page 2 ? La pagination a disparue ! Et même si je me positionne en page 3 en affichage traditionnel et que je clique sur le bouton d’affichage multi-tailles, je reviens sur les mêmes neuf premiers produits ! Difficile de vendre les 17 autres dans ces conditions… Ou alors j’ai raté quelque chose ?

Petit aparté : cette disposition me rappelle la page liste du nouveau site d’Habitat, que je trouve vraiment raté. (Question subsidiaire : vous avez trouvé les luminaires sur le site ? Avant, ils en vendaient… Bref je digresse.)

Si je clique sur le troisième bouton d’affichage, je bascule en mode carrousel.

Lexel cosmétiques - pageliste carrousel

Ce carrousel est beaucoup plus agréable à utiliser que celui de la page d’accueil : les éléments de navigation (flèches de défilement, rappel de positionnement) sont bien plus visibles. Cependant, je ne saisis pas non plus l’intérêt de ce nouvel affichage.
• Seuls trois produits sont affichés, le client va donc passer beaucoup de temps à naviguer (et moins à consulter les produits). Par ailleurs cela complique les comparaisons de produits, mais je ne sais pas si c’est un point important dans ce domaine.
• Il n’y a aucune information supplémentaire par rapport au mode d’affichage traditionnel.
• Il n’est cette fois encore pas possible de passer à la page suivante !
En d’autres termes ce mode d’affichage n’apporte rien et multiplie les inconvénients. À quoi bon le proposer ?

Le problème de pagination est d’autant plus important que l’affichage sélectionné reste en mémoire. En d’autres termes, si le visiteur sélectionne l’affichage « multi-tailles » et qu’il navigue sur le site, il ne verra jamais plus de neuf produits par catégories ! J’ajoute que de façon assez étrange, il existe un autre type de page liste, accessible lorsque l’on clique sur les noms des catégories dans le menu principal.

Lexel cosmétiques - pageliste alternative

Ici il est possible de changer le nombre de produits par page, en revanche afficher 12 emplacements pour 10 produits, ce n’est pas vraiment une bonne idée…

Je pourrais continuer longtemps sur ces pages et sur les autres (c’est un métier !), mais ce n’est pas le but de cette note.

J’ai dit en introduction que ma visite sur ce site m’avait laissé un sentiment de frustration. Je suis frustré, parce que je sais qu’une société comme Wexperience ne passerait pas à côté de ce genre de choses. Lorsque l’on fait de l’optimisation de sites, on inspecte un tas de trucs pour fournir la réponse la plus adaptée à la problématique posée. Malheureusement, un certain nombre de cas de figure laissent un sentiment d’inachevé (au mieux) :
• le client souhaite se concentrer sur une seule partie du site ;
• le client n’a pas le budget pour revoir tout le site (ce qui revient au même) ;
• le client fait faire des tests, des études… pour finir par suivre l’opinion du directeur, qui prévaut systématiquement (c’est lui le boss, il sait forcément tout mieux que tout le monde) ;
• le client fait faire des tests, des études… mais ne s’en sert pas (ou peu) au final (ce qui revient au même).

Dans ces métiers nous cherchons tous la même chose : la satisfaction du client final. Malheureusement, les difficultés pour y arriver ne se trouvent pas toujours aux endroits où on les imagine.

J’en profite, puisque je parlais de Twitter (mon compte) en introduction : je suis le compte Twitter de Jean-Marc Hardy, qui tient l’excellent blog 60questions.net. Il y a peu, j’ai lu ce message : « Une petite promenade sur ce site vaut bien 2 jours de formation en ergonomie : http://www.abtests.com/ #abtesting ». Là, je ne suis pas d’accord. Les tests A/B permettent effectivement d’améliorer certains points des sites internet, mais ils ne remplacent pas une bonne formation en ergonomie, pas plus que des tests utilisateurs, des tests d’oculométrie ou toute autre méthode du même genre. Toutes ces techniques sont complémentaires, chacune a ses avantages et ses inconvénients.