Le cauchemar Instagram partie 2 : pour les inscrits

J’évoquais il y a quelques jours les soucis rencontrés par les utilisateurs d’Instagram qui ne sont pas inscrits sur le site. Je me penche aujourd’hui sur le calvaire des inscrits.

Je commence par un problème classique et récurrent sur les réseaux sociaux : l’ordre des publications. Sur Instagram, l’ordre d’affichage des messages sur le flux est totalement anarchique. Sur cet exemple :
• le premier message a été publié il y a 23 heures
• le deuxième il y a 19 minutes
• le troisième il y a 1 jour

Instagram - ordre de publication des images dans le flux

Et la galère ne s’arrête pas là : le flux se réorganise régulièrement, c’est-à-dire que si je ferme mon navigateur et que je le rouvre dans quelques heures, l’ordre des messages aura changé. Même punition si je consulte l’app via mon mobile, d’ailleurs. Un vrai bonheur.

Deuxième gros problème d’interaction, lorsqu’une publication est ouverte cette fois, les flèches de navigation. J’en ai déjà parlé dans ma note précédente, mais les inscrits ont droit à un niveau de complexité supplémentaire.

Instagram - navigation entre les publications

Cette publication contient plusieurs images que l’on peut faire défiler avec l’invisible flèche que j’ai entourée de rouge (il y a aussi de tout petits points blancs en bas, qui ne sont tout simplement pas visibles sur un fond blanc, là on atteint le sommet de la moquerie). Problème, deux autres flèches (entourées de vert) sont présentes à l’écran, des flèches un-peu-moins-invisibles qui permettent de faire défiler les publications. On peut donc affirmer sans prendre beaucoup de risque que de nombreux utilisateurs se tromperont de flèches pour faire défiler les images de la publication.

Cerise sur le gâteau, changer de publication remet l’index à 1, c’est-à-dire que si vous consultiez l’image 12 d’un carrousel et que vous changez de publication par erreur, vous reprendrez à l’image 1. Pour la lecture de certains types de contenus (BD par exemple) ce comportement est particulièrement pénible.

Publier sur Instagram offre également son lot de galère. Premier grand plaisir : il est impossible de publier depuis un ordinateur. Pourquoi profiter du confort d’un grand écran, d’un clavier et d’une souris quand on peut se coller devant un écran minuscule et publier avec ses deux gros pouces ?

Au delà de cet aspect, je vais revenir sur un point qui me touche particulièrement : la qualité des images. Instagram compresse excessivement les images qu’on lui envoie. Parfois c’est peu visible, sur des photos complexes par exemple, mais dans d’autres cas…

Instagram - qualité des images

Sur ce zoom on peut vraiment apprécier la qualité de l’image :

Instagram - qualité des images (zoom)

Pourquoi proposer une bonne qualité d’image sur un réseau social basé sur l’image, après tout ? Et puisque l’on parle du contenu, j’en profite pour rappeler un basique : sur Instagram on publie aux dimensions d’Instagram. Pas question de publier des photos larges ou hautes, Instagram n’accepte que le format carré en page de garde. Ça ne vous plaît pas, allez voir ailleurs.

Il y a aussi des petits bugs, par ci par là. Dans les textes qui accompagnent les publications, on trouve parfois des points à la place des sauts de ligne. C’est vilain, ça doit être désagréable pour les gens qui utilisent un lecteur d’écran, mais c’est la seule solution pour éviter que tout le texte ne soit collé. Parfois Instagram publie les retours à la ligne, parfois non, c’est totalement anarchique. Et c’est comme ça depuis une éternité d’après ce que l’on m’a rapporté.

Instagram - bug

Et puisque je parle de ce minuscule espace réservé au texte, je me dois d’évoquer les commentaires. Je conçois que la conception d’une interface permettant de lire plus de 27000 commentaires soit très complexe, mais n’y a-t-il pas un tout petit peu mieux à faire que ça :

Instagram - gestion des commentaires

Une colonne de 300 x 350 pixels (sur un écran qui en compte 2560 x 1440, quel bel usage de mon matériel), dix commentaires affichés par défaut (dont seuls quatre maximum sont visibles !) et un bouton + pour en afficher dix supplémentaires ? Il n’y a pas grand chose de social, là.

Je termine avec un point qui me gêne plus que tout : sur Instagram, il n’est pas possible de mettre des liens. Autrement dit Instagram redéfinit le concept même de site internet en empêchant les utilisateurs de sortir de son site. Sur Instagram, seules les mentions d’utilisateurs (tu n’es pas utilisateur, tu n’existes pas) et les hashtags (au fonctionnement abscon) sont autorisés.

Allez, je ne suis pas tout à fait honnête : les utilisateurs ont droit à un lien, un seul et unique lien qui devra impérativement être positionné dans leur biographie. Cette restriction folle a permis l’émergence de sites comme linktree ou campsite, des « optimiseurs de biolink » (?!) dont le seul intérêt est de permettre aux utilisateurs d’Instagram de partager quelques liens supplémentaires.

Instagram - un unique lien dans la biographie

Oh, et si vous avez plus de 10000 personnes qui vous suivent, vous pouvez partager des liens via les stories. Mais c’est encore une autre histoire…

Le cauchemar Instagram partie 1 : pour les non-inscrits

Instagram compte plus d’un milliard d’utilisateurs. Un chiffre énorme… mais qui reste largement inférieur aux six milliards et demi de personnes qui ne l’utilisent pas.

Voici à quoi ressemble une page Instagram vue sur smartphone pour tous les gens qui n’ont pas de compte.

Instagram vu par un non-inscrit sur un smartphone

Un avertissement relatif à la collecte d’informations et aux cookies qu’il est impossible de refuser (ce n’est pas conforme au RGPD, mais quand on s’appelle Facebook – propriétaire d’Instagram, trop de gens l’ignorent encore – on s’en fiche probablement pas mal), et un second bandeau Passez sur l’app.

Une fois qu’on a masqué tout ça, on obtient ceci (je passe sur desktop pour améliorer la lisibilité) :

Instagram - page de garde du compte un_bon_chien

Je remarque plusieurs points problématiques plus ou moins importants. Le contraste du moteur de recherche est trop faible, par exemple. Mais le plus gênant ne se voit pas sur la copie d’écran : tous les contenus cliquables sont bloqués. Un clic sur
• le nombre de publications
• le nombre d’abonnés
• le nombre d’abonnements
• l’image de profil
• l’image en dessous
• le lien IDENTIFIÉ(E)
• … ou une publication (les photos en bas, probablement l’objet de la visite) fera apparaître la fenêtre suivante :

Instagram - modale d'inscription

Circulez, il n’y a rien à voir. Ou plutôt « Abonnez-vous, vous n’êtes pas sur internet ici, vous êtes chez nous et seuls les membres sont autorisés à en savoir plus ». (Cette idée de « ne pas être sur internet » est très importante, j’y reviendrai plus tard.)

Si je scrolle un peu pour voir le contenu de la page, une fenêtre quasiment identique apparait :

Instagram - modale d'inscription bloquante
Cette modale représente probablement ce que l’on peut faire de pire sur internet : une fois qu’elle est apparue, le site est littéralement figé. Il n’est pas possible de fermer cette fenêtre (contrairement à la précédente : la croix en haut à droite a disparu), il n’est plus possible de scroller, bref je me trouve devant un mur. Le bouton page précédente me fait quitter le site ; la seule possibilité pour revenir sur la page que je consultais est donc de rafraîchir la page.

Cela étant dit, il est tout de même possible de consulter le détail d’une publication si vous avez son lien direct. Comme ici par exemple :

Instagram - détail d'une publication

Là les choses deviennent plus complexes. Par exemple, seul un œil exercé verra que cette publication est une succession de sept images grâce aux microscopiques points en bas de l’image, et que l’on peut passer de l’une à l’autre via la minuscule flèche gris clair sur fond blanc. Mais si, c’est là :

Instagram - détail d'une publication (légendé)

J’apprécie également les pictos non légendés. Je veux bien admettre que le cœur et le phylactère soient compréhensibles ; le fanion, à la limite ; mais l’avion en papier pose problème : ici il permet de partager le contenu avec un tiers (via Facebook, Twitter etc.), alors qu’en haut de la page d’un utilisateur connecté le même picto renvoie vers les messages privés ! De toute façon, à quoi bon afficher tous ces pictos puisqu’ici encore, tous les clics (sauf l’avion en papier, bizarrement) renvoient vers la modale d’inscription au site…

Note : cliquer sur le nombre de J’aime fera s’afficher la modale bloquante. Impossible de savoir pourquoi celle-ci plutôt que l’autre.

Cela étant dit, je pense que ce sont les publications sous forme de vidéo qui me plaisent le plus. Là, on atteint vraiment le sommet de l’enfer.

Instagram - détail d'une publication en vidéo

Cette vidéo a un bouton lecture… et c’est tout. Pas de barre de temps (donc  impossible de se déplacer dans la vidéo… où même simplement de connaître sa durée totale), pas de contrôle du volume sonore, pas d’agrandissement de la fenêtre, rien qu’un bouton lecture.

Pire : si je consulte un autre onglet du navigateur pendant la lecture de la vidéo, cette dernière s’arrête et reprendra au début lorsque je retournerai sur l’onglet.

Bizarrement, certaines vidéos ont des commandes de lecture, comme ici par exemple :

Instagram - détail d'une publication en vidéo avec lecteur

Ça ne résout pas le problème du bloquage lorsque l’on va sur un autre onglet, mais au moins on a des commandes de lecture et l’affichage de la durée de la vidéo.

Je m’arrête là pour Instagram vu par un non-inscrit. Malheureusement il reste encore tant à dire… Je ne vous ai pas parlé des commentaires ? De la qualité des images ? De l’impossibilité de mettre des liens (la *base* d’internet en somme) ? Ce sera pour plus tard.

Quand de belles photos nuisent à l’expérience utilisateur

Je cherche un cadre pour mettre en valeur un poster que j’ai acheté. Je me rends sur le site de Leroy Merlin, dont j’ai apprécié il y a un moment la navigation à facettes permettant de trier les articles par dimensions. 

Voici la page liste des cadres :

Page liste des cadres sur leroymerlin.fr : haut de page

Je trouve l’énorme image d’illustration en haut de la page un peu déroutante ; c’est joli mais ce n’est pas ce que je viens chercher.

Je scrolle pour afficher la suite.

Le filtre me permettant d’afficher uniquement les articles dont les dimensions m’intéressent est toujours là, malheureusement il ne fonctionne pas correctement. Un bug particulièrement ennuyeux pour moi, qui visitait le site de Leroy Merlin justement pour ça. Mais ce n’est pas ce qui a motivé cette note. 

Si je scrolle un peu plus pour afficher les photos des cadres, je me retrouve devant ceci :

Page liste des cadres sur leroymerlin.fr : de belles images qui gênent la consultation des articles

Une page très élégante, tout à fait dans l’air du temps. On reconnait la présentation façon tuiles ; les amateurs de décoration d’intérieur remarqueront que les cadres sont présentés au milieu d’environnements relativement neutres afin de mettre en valeur le produit. C’est simple : même sur Pinterest la mise en page n’est pas aussi réussie !

Et… C’est un problème. L’ensemble est si joli qu’il en devient difficile de distinguer les articles eux-mêmes. Dit autrement : je ne suis pas en train de chercher des idées pour mon salon, je visite un site e-commerce à la recherche d’un cadre 30 x 40 cm noir à fine bordure. Ce sont deux situations complètement différentes. 

Voici la page liste des cadres du site d’IKEA

Page liste des cadres sur le site d'IKEA

Des photos détourées de cadres vides. Une page beaucoup plus sobre, presque triste, mais parfaitement fonctionnelle : je distingue d’un seul coup d’œil les modèles qui m’intéressent. Et je n’ai pas besoin de passer ma souris sur chaque image pour afficher le prix de base (ou d’appuyer sur le petit ‘+’ sur mobile, un picto inactif sur desktop d’ailleurs).

Et puis… à quoi bon construire une jolie page de ce genre pour la transformer quelques coups de molette plus tard en un ensemble chaotique de photos détourées mélangées à des mises en situation ?